Bonsoir

AUTISME OU L’ENFANCE CLOSE

Pas de sourire doux sur la bouche d’Agathe,
Mais un rictus amer au mystère inviolé ;
Pas de tendre caresse au bout des doigts d’Agathe,
Mais des serres d’oiseau pour prendre et pour garder ;
Pas de mots roucoulés dans la gorge d’Agathe,
Mais des cris arrachés à ses terreurs cachées.


Quels secrets sont scellés par les lèvres d’Agathe ?
Fantômes d’un placard qu’elle n’ouvrira pas,
Quels horizons fermés aux paupières d’Agathe ?
Univers parallèles que nous ne saurons pas,
Quel désespoir fiché au vif du cœur d’Agathe ?
Douleur indescriptible qui ne se dira pas.


Peut-être, bien serrées dans la paume d’Agathe,
Des graines de soleil attendent-elles d’éclore ;
Peut-être que, parfois, derrière les cils d’Agathe,
Naissent des arcs-en-ciel, de radieuses aurores,
Et qu’un arpent de bleu s’étoile pour Agathe
D’astres fantasmatiques que les autres ignorent…


De la coque de pierre où s’est enclose Agathe
Trouverons-nous la faille, la fêlure esquissée ?
Pas à pas saurons-nous, au noir des nuits d’Agathe,
Nous glisser, mot à mot, pour ne pas la briser ?
Pour abattre les murs de la prison d’Agathe
On se prend à rêver… S’il suffisait d’aimer !


Anick BAULARD